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Définition...

Le cinéaste, c'est le réalisateur d'un film mais ce peut être également le technicien qui participe à la réalisation d'un film. Le cinéma est bien le domaine du travail collectif et de la coopération et si la politique des auteurs a institué le cinéaste/artiste-créateur, on ne peut oublier la part créative de l'équipe technique. Il est un domaine pourtant où le cinéaste oeuvre souvent en solitaire, c'est le domaine de l'amateur. Plus qu'un choix, la situation est imposée par des raisons pratiques.
Qu'est-ce donc que le cinéma amateur ? Se résume t'il au cinéma familial, à tout ce qui est en dehors des circuits économiques ? Peut-il donner naissance à des formes d'expression totalement originales où ne peut-il que singer les produits professionnels ?
Les "Lumière" n'ont-ils pas été les premiers cinéastes amateurs ?
Sans prétendre répondre à ces questions, nous essaierons d'y réfléchir et d'engager le "débat"...
(D.V.)

 

Samedi 24 juin 2006 6 24 /06 /Juin /2006 19:32

"Les Granges que les locataires utilisaient comme garde-meubles étaient pleines de valises et de coffres que j'ouvrais délicatement, en faisant sauter la serrure ; ils déversaient sur le sol, dans une odeur de naphtaline, toute une vie étrange d'objets vieillots et désuets parmi lesquels, je passais des heures merveilleuses, dans une athmosphère de trésors trouvés et de naufrage ; chaque chapeau, chaque soulier, chaque coffret de boutons et de médailles, me parlait d'un monde mystérieux et inconnu, le monde des autres."
                                                                                                   
         (Romain Gary dans "La Promesse de l'aube")

 

Pour les "maniaques", dont je me sens proche, qui récupèrent sur les foires et vide-greniers ou d'autres façon, les anciennes bobines de films tournés par des cinéastes amateurs, le plaisir distillé par la projection de ces documents qu'ils ont trouvés, est bien le même que celui décrit par Romain Gary : celui qui est procuré par la découverte du monde des autres. Et ce qui est formidable ici, c'est qu'il s'agit du même monde que le nôtre, enfin presque.

 


 

Le projecteur propose à l'écran des vues de mariages, de communions et de baptêmes, des paysages de vacances, des carnavals et des courses cyclistes, et des enfants surtout : des enfants dont on veut suivre l'évolution pas à pas, garder les traces des étapes essentielles de leur vie, des meilleurs moments, du bonheur tout simplement.

 

 

Il est évident que plus les films seront anciens, plus le milieu géographique où ils se situent, éloigné du nôtre, plus les actions montrées seront insolites ou précises et plus l'intérêt sera grand. Mais là n'est pas le propos. La condition énoncée n'est pas exclusive car même les films les plus banals peuvent susciter de l'intérêt car ils sont dégagés de l'affect qui nous encombre dans la vision de nos films personnels. C'est incroyable comme nos propres gestes accomplis par d'autres, nos émotions ressenties par des étrangers peuvent nous sembler différents.

 

Ce qui surprend, encore une fois, c'est l'estrême banalité des sujtes, la répétition à l'identique des mêmes thèmes, d'une famille à l'autre, d'une année à l'autre, au moins à partir des années "70".

 

"Il s'est tourné des milliers de kilomètres de défilés de majorettes, de barbecues, de mariages, d'anniversaires, de naissances. Une longue attente. Un long constat. Par exemple, on ne filme pas les morts ni les enterrements. Autrefois, ça se faisait, pourtant, de les photographier, les morts. Mais il semble que le monde ait changé. On ne filme plus que son bonheur, et c'est un bonheur qui bouge. Un bonheur agité, pas du tout destiné au souvenir. Devant le photographe, on pose pour la postérité. Avec le super 8 on se laisse filmer comme ça. Ca ne compte pas." *

A mille lieues des préoccupations des cinéastes professionnels, le cinéaste amateur s'est essentiellement attelé à enregistrer des moments de la vie, de sa propre vie, sans scénario, en général sans préparation ni mise en scène, pour tout simplement garder des souvenirs pour se revoir et se montrer mais sans nostalgie. La nostalgie vient plus tard, du vieillissement des êtres et des choses, du sentiment de disparition d'une époque formidable.

 

"Il semble que personne ne se soit jamais fatigué de la suite infinie des anniversaires, ni des arbres de Noël qui tombent toujours en décembre. C'est une sorte de guet permanent. Comme les prêtres des religions anciennes surveillaient anxieusement le retour des astres et des saisons, la caméra anonyme enregistre l'indiscutable certitude temporelle. Il ne faut pas croire qu'il s'agisse là de films ratés. Il n'est même pas sûr que les maladroits entrechats d'un bébé vacillant, ou ses premiers étonnements devant le feu des bougies, constituent la motivation du caméraman. C'est plutôt l'indéfini bonheur d'être là ; d'être toujours là. On peut bien chercher à décrire ce qui se passe à l'image. Il se passe à vrai dire rien qui vaille, même pour les principaux intéressés. On a l'impression, seulement, d'un permanent : "c'est lui !", "C'est elle !", "Nous étions là, ce jour là". " *

 

 Chaque bobineau de film amateur découvert ou retrouvé, extrait d'un enroulement qui devait être définitif, précautionneusement couché dans les coulopirs du projecteur qui lui offrira une seconde vie, nous parlera "d'un monde mystérieux et inconnu, le monde des autres."

* A ma demande, pour accompagner un film de montage, Jean Maffioletti a composé un commentaire duquel sont extraits ces deux citations.

 

                                                                                            Michel Gasqui, dans Infos-Ciné n°56 - décembre 2003

 

 

 

 

 

Par Michel Gasqui - Publié dans : cinéma amateur
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Mercredi 30 novembre 2005 3 30 /11 /Nov /2005 22:39

 

 

LES FORMATS ARGENTIQUES

 

Par Michel Gasqui - Publié dans : cinéma amateur
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Lundi 21 novembre 2005 1 21 /11 /Nov /2005 16:30

Le musicien qui a composé une symphonie ne mesurera l'ampleur de sa création qu'avec son interprétation par un orchestre conséquent. Dans le domaine littéraire, il sera peut-être plus "délicat" de réussir la publication d'un ouvrage que de l'écrire. Par contre le peintre, même s'il ne trouve pas de galerie pour s'exposer, pourra tout de même continuer de travailler dans son atelier. Le cinéaste lui, pour réaliser son film, devra réunir une certaine somme d'argent et il devra s'entourer de collaborateurs talentueux, de techniciens et puis après il faudra vendre l'oeuvre, à tout prix, pour qu'elle puisse être vue. Il y a des domaines artistiques, comme le cinéma, où le travail est collectif, plus ou moins mais toujours un peu, même lorsque le créateur règne sur son "petit monde".

L'amateur, dans les domaines artistiques, gagne en liberté ce qu'il perd en moyens et en temps. C'est une constatation  et il serait dommage de ne pas profiter de l'avantage. Sur ce point, à l'occasion d'un article concernant "L'Espoir" d'André Malraux, le critique cinématographique André Bazin entamait une réflexion :
- Une oeuvre collective peut avoir "du" style mais il est presque impossible que le principal réalisateur parvienne à s'imposer suffisamment à toute l'équipe pour que l'ouvre atteigne à "un" style aussi personnalisé que dans les arts individuels. Il n'est guère que le film d'amateur qui parvienne paradoxalement, grâce à la pauvreté de ses moyens, à une liberté d'expression que la lourde machine commerciale ne permet pas ; C'était aussi le cas du film muet, moins tributaire de la technique et où le motage (moment absolument individuel de la création) jouait un plus grand rôle. Il restait du reste dans beaucoup de films muets quelquechose de l'amateurisme. Nous le voyons bien dans l'oeuvre de Vigo et l'on peut se demander si la crise de croissance décisive du metteur en scène moderne, celle qui décide de sa santé future, ne réside pas dans la liquidation du film d'amateur dans le film commercial.

La liberté de ton, la fraîcheur, l'insolence, voici des qualités dans lesquelles tout film d'amateur devrait se draper. Ce n'est bien sûr pas souvent le cas. La plupart du temps, pour les films familiaux, on filme la vie comme elle va, sagement, sans "vague", dans le respect des conventions et de la "bonne morale". On fixe sur la pellicule tous les moments "heureux" de l'existence, en fait, les plus conventionnels, en se gardant bien d'aborder des événements plus graves, des exentricités ou des instants décalés comme si la gaieté, inhérente à l'action de filmer, devait se cantonner à la banalité. En fait, la liberté ça se gagne et ça se mérite. Il est parfois bien difficile de lui rendre hommage.

André Bazin cherche ensuite chez certains films de certains réalisateurs une parenté avec le cinéma d'amateur qui pourrait expliquer quelques échecs commerciaux, selon lui.
- Alors que dans l'oeuvre commerciale le metteur en scène ne doit songer qu'au public, il reste dans les meilleurs films de Renoir, je ne sais quelle délectation à usage interne, quelle complicité des copains qui font un film ensemble pour leur plaisir. Aussi "La Règle du jeu" n'est-elle pas parvenue à sortir des clubs où la censure n'est pas seule à la confiner.
L'évolution actuelle du cinéma américain qui tend à l'élimination du style individuel au profit d'une stylistique de plus en plus anonyme va dans le même sens : l'exclusion de toute trace d'amateurisme.
Le problème qui pourrait se poser à propos de Malraux serait de savoir dans quelle mesure "L'Espoir" reste un génial film d'amateur, bien qu'il ait été tourné en studio avec des acteurs et un opérateur professionnel...

Il y aurai donc un "style" cinéma d'amateur qui ne serait pas seulement inhérent aux films d'amateurs mais qui pourrait également se trouver dans certaines productions professionnelles. Quels seraient les éléments déterminants d'un tel style ?L'ambiance "bande de copains", même s'il peut s'agir d'un de ces éléments, ne ma semble pas primordiale. La spécificité du cinéma amateur me semble plus porter sur le regard du cinéaste qui dans le cadre de son activité sera à la fois réalisateur, caméraman et monteur. Il m'est arrivé de constater, en voyant des films de voyage, de me dire que tels ou tels plans n'auraient pu être filmés par un journaliste ou un caméraman professionnel car leurs regards sont déformés par une certaine vision des choses, convenue, préétablie. Seul le regard de l'amateur, ou le talent d'un documentariste serait capable d'apporter la surprise chez le spectateur, de capturer les choses précieuses en opposition radicale aux scoops journalistiques. Encore une fois, je ne prétends pas que le cinéma d'amateur tel qu'il est constitue une quelconque caverne d'Ali Baba remplie de trésors inestimables, mais simplement, il recèle des capacités réellement importantes qu'il ne tient qu'à lui de mettre en avant, d'explorer.

Michel Gasqui (dans Infos-Ciné n°55 - septembre 2003)

 

Par Michel Gasqui - Publié dans : cinéma amateur
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Lundi 7 novembre 2005 1 07 /11 /Nov /2005 00:00

 

LE SUPER 8, C'EST SUPER,
A CONDITION ...

Je vais vous faire une confidence : je fais du cinéma depuis quelques 40 ans et je me mets au super 8 seulement maintenant. Je travaillais en 16 mm. Je faisais des films, surtout j'en faisais faire et si j'en suis venu au super 8 ce n'est pas par raison ou par mesure d'économie, ce qui par les temps qui courent serait une justification suffisante, ce sont les circonstances.

Passant d'un certain à un autre, plus réduit, on est enclin à se poser une question naturelle basée sur la comparaison : voyons quelle différence y a t'il entre le 16 mm et le super 8 ? Je ne veux pas répondre à cette question ou plutôt je serais tenté de répondre : "il n'y en a pas !". Certes, chaque format a ses caractéristiques, ses qualités et ses défauts mais que ce soit en super 8, 16 ou 35 mm, le cinéma, c'est le cinéma.

Il s'agit toujours de s'exprimer par le moyen d'une caméra.

Nous le disons par ailleurs également, la catégorie de cinéastes amateurs la plus nombreuse c'est celle qui est composée de pères ou de mères de famille filmant les premiers pas de leur progéniture. Elle le dispute en nombre et en motivation à une autre catégorie qui est celle des touristes réalisant des films de voyages.

Il y a quantité de cinéastes amateurs, je dirais pléthore qui n'ont en aucune façon recours au montage et qui se bornent à coller leurs films bout à bout pour la projection sans couper le moindre plan car toutes les images qu'ils ont prises sur les premiers pas de leur fils ou de leur fille sont sacrées, de même que celles d'un voyage qui est particulièrement cher au touriste.

...

H. Vey (dans "Films et Documents" n°333/1er trimestre 1981)
Il s'agit de l'introduction de l'article, la suite concernant la manière de filmer.

 

 

Par H. Vey - Publié dans : cinéma amateur
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