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cinéma amateur

Samedi 29 octobre 2005

Qu'entend-on par le "cinéma amateur" ?

Une tentative de cerner la question en réfléchissant sur une définition possible peut-être une entrée intéressante.

 

Nous donnerons comme éléments de départ :

- Un cinéma réalisé avec peu ou très peu de moyens (ce qui lui évite la recherche d'une production).
- Des films réalisés en famille, avec des amis ou en solitaire.
- L'utilisation d'un équipement léger (en général dans les formats dits substandards).
- Une distribution limitée au cercle familial, à la séance entre amis ou encore aux projections associatives et dans les festivals amateurs.

Ces caractéristiques tiennent ce cinéma à l'écart de tous les circuits professionnels et de ce fait, les films vont se distinguer radicalement des films professionnels ou tout au contraire et paradoxalement, tenter de les imiter par les sujets, les thèmes ou la qualité de la réalisation.

 

 En simplifiant, on peut classer les films amateurs en trois catégories, non cloisonnées bien évidemment :

1. Ceux qui singent les films professionnels (ceci dit sans ironie ni mépris car ils peuvent être très réjouissants).
2. Ceux que l'on appelle, au sens large, les "films de famille" qui n'ont aucun rapport avec le cinéma professionnel.
3. Ceux enfin qui utilisent un outil créatif original pour tenter un cinéma libéré des contraintes professionnelles.

 

A Propos des "FILMS DE FAMILLE" dont on pense, à tort, q'ils ne présentent que peu d'intérêt !

Ces films, alliés aux documents, en général (pas les documentaires), sont à la mode en ce moment : émissions de télévision, récupération/sauvegarde par les organismes les plus divers ...
Comme toute mode qui trouve audience à la télévision, on peut suspecter des intentions inavouées. Après le "vidéo-gag", on prête aux films d'amateurs un intérêt historique certainement exagéré. Il est vrai que certains événements importants ont été saisis sur pellicule de format réduit, mais, comme me le disait très justement notre ami Didier Petot, la présence de quelques chars militaires sur un bout de film ne suffit pas à en faire un trésor inestimable. La recherche de l'événement saisi par la caméra amateur relève de la quête du scoop journalistique. La mode passera.

L'intérêt du cinéma amateur est ailleurs. Il est dans la conservation de la mémoire populaire, en fixant des paysages, des scènes, des personnes que l'on va "immortaliser" en ayant la possibilité de projeter leurs images sur écran, pour très longtemps.

 

Nombreux sont ceux qui possèdent des films de famille qu'ils gardent précieusement, peut-être en attendant de les faire transférer sur un support vidéo. Quelques collectionneurs conservent ces films trouvés, donnés ou achetés sur des brocantes (à des prix souvent exagérés). Qu'en faire ?

 

Certains documents rares ont assurément leur place dans les cinémathèques régionales (ceux qui ont un intérêt historique, géographique, sociologique ...) et à mon avis, il convient, après en avoir profité, de les céder à ceux qui sauront les conserver, les restaurer et les utiliser dans un cadre culturel.

 

Quelques films qui ne sont pas des chefs-d'oeuvre, présentent tout de même une homogénéité et des qualités humaines sinon documentaires. Il est parfois dommage de "couper dedans", mieux vaut conserver le film intact, même avec ses défauts.

 

Très souvent, on récupère des films médiocres, ennuyeux, bâclés, inachevés, mal filmés et parfois même impossibles à regarder. Dans ces lots de "déchets", on arrive toujours à sauver des scènes ou des plans émouvants, autant d'éléments qui pourront éventuellement intégrer un film de montage. Cette fin me semble plus qu'honorable pour certains documents qui ne présentent pas en eux-mêmes un intérêt déterminant mais qu'il serait dommage d'enterrer. Le film de montage, qui s'oppose au film de fiction et au documentaire dont les prises de vues sont réalisées par une même équipe, peut se devenir une aventure palpitante mais très difficile à mener à bon terme.

 

 Bien que les histoires ne soient pas toujours structurées de manière traditionnelle, les films de fiction "racontent" toujours quelquechose, seule possibilité pour maintenir éveillée l'intérêt du spectateur. Le film de montage doit donc trouver un fil directeur qui conduira du premier au dernier plan, les liens qui uniront les scènes, un discours cohérent qui donnera du sens à l'ensemble. Impossible de tricher : si l'on a rien à dire, le film sera ennuyeux. Les images ne peuvent pas se succéder de manière incohérente et en conséquence,le montage image est ici une véritable création qui, cependant, ne suffira pas à donner du sens à la construction. Le commentaire trouve toute sa place dans l'édification du projet.

 

 Il n'y a ni recette, ni méthode pour réaliser un bon film de montage. Il faut pouvoir choisir ses plans ou ses scènes parmi une grande quantité de documents mais l'esprit créatif (esthétisme, poésie, philosophie ...), sera ce qui guidera judicieusement ce choix.

 

 Le cinéma amateur passé et présent (car il existe encore !), doit être défendu coûte que coûte, non pas pour tenter de lui attribuer une place aux côtés des professionnels ou à la télévision, mais pour conserver une activité créatrice exceptionnelle; riche et désintéressée.

 

 

                                                                                                     Michel Gasqui (dans Infos-ciné n°50/juin 2002)

 

Par Michel Gasqui
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Lundi 7 novembre 2005

 

LE SUPER 8, C'EST SUPER,
A CONDITION ...

Je vais vous faire une confidence : je fais du cinéma depuis quelques 40 ans et je me mets au super 8 seulement maintenant. Je travaillais en 16 mm. Je faisais des films, surtout j'en faisais faire et si j'en suis venu au super 8 ce n'est pas par raison ou par mesure d'économie, ce qui par les temps qui courent serait une justification suffisante, ce sont les circonstances.

Passant d'un certain à un autre, plus réduit, on est enclin à se poser une question naturelle basée sur la comparaison : voyons quelle différence y a t'il entre le 16 mm et le super 8 ? Je ne veux pas répondre à cette question ou plutôt je serais tenté de répondre : "il n'y en a pas !". Certes, chaque format a ses caractéristiques, ses qualités et ses défauts mais que ce soit en super 8, 16 ou 35 mm, le cinéma, c'est le cinéma.

Il s'agit toujours de s'exprimer par le moyen d'une caméra.

Nous le disons par ailleurs également, la catégorie de cinéastes amateurs la plus nombreuse c'est celle qui est composée de pères ou de mères de famille filmant les premiers pas de leur progéniture. Elle le dispute en nombre et en motivation à une autre catégorie qui est celle des touristes réalisant des films de voyages.

Il y a quantité de cinéastes amateurs, je dirais pléthore qui n'ont en aucune façon recours au montage et qui se bornent à coller leurs films bout à bout pour la projection sans couper le moindre plan car toutes les images qu'ils ont prises sur les premiers pas de leur fils ou de leur fille sont sacrées, de même que celles d'un voyage qui est particulièrement cher au touriste.

...

H. Vey (dans "Films et Documents" n°333/1er trimestre 1981)
Il s'agit de l'introduction de l'article, la suite concernant la manière de filmer.

 

 

Par H. Vey
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Lundi 21 novembre 2005

Le musicien qui a composé une symphonie ne mesurera l'ampleur de sa création qu'avec son interprétation par un orchestre conséquent. Dans le domaine littéraire, il sera peut-être plus "délicat" de réussir la publication d'un ouvrage que de l'écrire. Par contre le peintre, même s'il ne trouve pas de galerie pour s'exposer, pourra tout de même continuer de travailler dans son atelier. Le cinéaste lui, pour réaliser son film, devra réunir une certaine somme d'argent et il devra s'entourer de collaborateurs talentueux, de techniciens et puis après il faudra vendre l'oeuvre, à tout prix, pour qu'elle puisse être vue. Il y a des domaines artistiques, comme le cinéma, où le travail est collectif, plus ou moins mais toujours un peu, même lorsque le créateur règne sur son "petit monde".

L'amateur, dans les domaines artistiques, gagne en liberté ce qu'il perd en moyens et en temps. C'est une constatation  et il serait dommage de ne pas profiter de l'avantage. Sur ce point, à l'occasion d'un article concernant "L'Espoir" d'André Malraux, le critique cinématographique André Bazin entamait une réflexion :
- Une oeuvre collective peut avoir "du" style mais il est presque impossible que le principal réalisateur parvienne à s'imposer suffisamment à toute l'équipe pour que l'ouvre atteigne à "un" style aussi personnalisé que dans les arts individuels. Il n'est guère que le film d'amateur qui parvienne paradoxalement, grâce à la pauvreté de ses moyens, à une liberté d'expression que la lourde machine commerciale ne permet pas ; C'était aussi le cas du film muet, moins tributaire de la technique et où le motage (moment absolument individuel de la création) jouait un plus grand rôle. Il restait du reste dans beaucoup de films muets quelquechose de l'amateurisme. Nous le voyons bien dans l'oeuvre de Vigo et l'on peut se demander si la crise de croissance décisive du metteur en scène moderne, celle qui décide de sa santé future, ne réside pas dans la liquidation du film d'amateur dans le film commercial.

La liberté de ton, la fraîcheur, l'insolence, voici des qualités dans lesquelles tout film d'amateur devrait se draper. Ce n'est bien sûr pas souvent le cas. La plupart du temps, pour les films familiaux, on filme la vie comme elle va, sagement, sans "vague", dans le respect des conventions et de la "bonne morale". On fixe sur la pellicule tous les moments "heureux" de l'existence, en fait, les plus conventionnels, en se gardant bien d'aborder des événements plus graves, des exentricités ou des instants décalés comme si la gaieté, inhérente à l'action de filmer, devait se cantonner à la banalité. En fait, la liberté ça se gagne et ça se mérite. Il est parfois bien difficile de lui rendre hommage.

André Bazin cherche ensuite chez certains films de certains réalisateurs une parenté avec le cinéma d'amateur qui pourrait expliquer quelques échecs commerciaux, selon lui.
- Alors que dans l'oeuvre commerciale le metteur en scène ne doit songer qu'au public, il reste dans les meilleurs films de Renoir, je ne sais quelle délectation à usage interne, quelle complicité des copains qui font un film ensemble pour leur plaisir. Aussi "La Règle du jeu" n'est-elle pas parvenue à sortir des clubs où la censure n'est pas seule à la confiner.
L'évolution actuelle du cinéma américain qui tend à l'élimination du style individuel au profit d'une stylistique de plus en plus anonyme va dans le même sens : l'exclusion de toute trace d'amateurisme.
Le problème qui pourrait se poser à propos de Malraux serait de savoir dans quelle mesure "L'Espoir" reste un génial film d'amateur, bien qu'il ait été tourné en studio avec des acteurs et un opérateur professionnel...

Il y aurai donc un "style" cinéma d'amateur qui ne serait pas seulement inhérent aux films d'amateurs mais qui pourrait également se trouver dans certaines productions professionnelles. Quels seraient les éléments déterminants d'un tel style ?L'ambiance "bande de copains", même s'il peut s'agir d'un de ces éléments, ne ma semble pas primordiale. La spécificité du cinéma amateur me semble plus porter sur le regard du cinéaste qui dans le cadre de son activité sera à la fois réalisateur, caméraman et monteur. Il m'est arrivé de constater, en voyant des films de voyage, de me dire que tels ou tels plans n'auraient pu être filmés par un journaliste ou un caméraman professionnel car leurs regards sont déformés par une certaine vision des choses, convenue, préétablie. Seul le regard de l'amateur, ou le talent d'un documentariste serait capable d'apporter la surprise chez le spectateur, de capturer les choses précieuses en opposition radicale aux scoops journalistiques. Encore une fois, je ne prétends pas que le cinéma d'amateur tel qu'il est constitue une quelconque caverne d'Ali Baba remplie de trésors inestimables, mais simplement, il recèle des capacités réellement importantes qu'il ne tient qu'à lui de mettre en avant, d'explorer.

Michel Gasqui (dans Infos-Ciné n°55 - septembre 2003)

 

Par Michel Gasqui
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Mercredi 30 novembre 2005

 

 

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